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Jeudi 28 avril 2005

Quelque part.

Je suis quelque part en France. Je ne sais pas ou je suis , je vogue au milieu d’une immensité verte , vallonnée , parsemée par endroits de tâches boisées. Il n’y a pas de bestioles herbivores pour profiter de cette bonne herbe verte . Etrange. Les nuages noirs roulent dans le ciel  à vive allure . Le soleil lance des attaques furtives contres ces monstres sombres. Le bleu apparaît parfois dans cette bataille .

Je roule, vogue à vive allure. Je contemple ce paysage wagnérien en toute  tranquillité , confortablement assis dans un fauteuil numéroté du TVG  que j’emprunte. Louer d’ailleurs serait un concept plus juste .

Je suis en route  pour le grand Ouest , celui des terres inconnues, encore non  foulées !

(PAUSE) .

 Elliot , arrêtes deux secondes avec tes clichés gavés aux westerns de propagande U.S . L’Ouest américain était déjà habité , avant les colonisateurs !

(LECTURE) .

 Oui d’accord, tout de suite les mots qui fâchent ! Je vais dans l’Ouest , mais pas celui des films . Je vais voir un Cheyenne à Angers ! 

(PAUSE)

Oui je sais je vous dois quelques explications :

 

Qui est Cheyenne ?

C’est un jeune ami du net .

Quand l’avez-vous rencontré ?

Je crois que j’ai croisé la première fois son écriture en Octobre 2004 sur la toile .

Dans quelles circonstances ?

C’était  sur le chat gay de Voilà. La rencontre s’annonçait assez improbable . Un flux de 800 personnes qui parlent en même temps , une espèce de cour des miracles  emplie de gens aux hormones détraqués , aux demandes  incongrues et parfois insolites. Et puis dans tout ce magma , il y avait Cheyenne ! Je me souviens que nous y avions parler déjà très sérieusement du monde dans lequel nous vivions , ce monde qui n’était pas le notre .Nos désillusions et nos engagements respectifs.

Pourquoi Cheyenne ?

Vos questions commencent à m’irriter . Et bien au fil des dialogues  sur Messenger , ce charmant correspondant , au détour d’une conversation ,  m’a appelé Cow-boy ! Donc dans la foulée, image pour image   , chaque cow-boy a son Cheyenne  non ?

Pourquoi donc le rencontrer ?

Parce que  le virtuel  ne détient pas toutes les vertus , le réel permet d’ouvrir les yeux parfois. J’aime toujours voir de mes yeux vus .

Vous seriez pas un peu amoureux vous ? 

Alors vous dépassez les bornes …Allez, filez, je ne réponds plus aux questions .

 

Lyon part-dieu, Massy, le Mans , Angers. Me  voici donc arrivé . Je suis le flot affairé de tous ces gens qui semblent savoir ou est la sortie  . Une foule hétéroclite, d’étudiant(e)s  rentrant dans leurs familles ou chez leurs amour(s) , des familles avec sacs encombrants et enfants.  J’ai quinze minutes devant moi ! Nous avons convenu ensemble que nous nous chercherions un peu dans la gare . J’accède donc au hall , une immense cathédrale de lumière ! Le verre est présent partout ! 

 Une plaque attire mon attention .

 «  Dans cette gare , 825 personnes furent déportées et envoyées directement au camp d’auschwitz. Une phrase de Primo Lévi termine : «  N’oubliez jamais que ce fut un homme , que ce fut une femme ».

La vie me fait de drôles de clins d’œils ces temps-ci . Je crois que la Shoah me travaille beaucoup finalement ! Et puis Primo Lévi , c’est Cheyenne qui me l'a  fait découvrir avec  «  Si c’est un homme ».

 La gare , lieu de tous les départs…destinations aléatoires, certaines sans retour.

J’arrive donc à Angers .

Finalement, nous n’allons pas pouvoir jouer à cache-cache très longtemps. La gare n’est pas si grande  . Je suis serein … je suis confiant … A quoi va-t-il ressembler ?

J’ai déjà aperçu sa bobine en photo ! Lui a un sacré avantage sur moi , il m’a vu à travers la focale déformante d’une web-cam. Tiens c’est lui qui arrive ! Quand vous croiserez Cheyenne, ce qui vous frappera en premier c’est son regard . C’est un lagon féerique d’un bleu clair ,intense, fulgurant. Oui c’est assez cliché de décrire des yeux bleus de cette manière ! Je n’en n’ai pas trouver hélas d’autre !

(Pensées) : Il me faudra bien  tout un week-end , pour approcher ce regard tout timide .

 Nous voilà donc déjà sorti à grands pas de la gare .

Nous marchons à présent dans cette ville ou j’y  suis l’étranger du moment. Cheyenne sera donc mon guide . Les rôles sont ainsi donc définis .Nous allons poser mes  affaires dans un hôtel  du centre ville ! Place du ralliement pour les connaisseurs de la cité .

Bagages posés dans la chambre, toute mansardé sous les toits !

 

Nous voilà partis dans les rues , château, églises font le régal de cette ville , tout y sent le beau , le propre , un peu trop sans doute ! J’ai parfois l’impression de me balader à disneyland Paris !  Mais c’est très agréable  je dois le reconnaître.

Première pause : Boire chaud ! Car j’avais oublié de vous dire , qu’ici ciel bleu rime avec glaçons au bout du nez ! Il fait assez froid ! J’ai voulu faire ma starlette, et je ne me suis point habillé très chaudement ! Déjà le Cheyenne prévoit que j’embarquerais une satané crève d’Angers dès Lundi.

La musique du bar  est assez ouverture de discothèque à 23 heures ou le dance floor est désert. Nous voici donc face à face en vrai pour la première fois. Je suis tout intimidé , moi elliot qui ouvre tout le temps sa bouche et qui joue parfois les durs. Et ben , j’étais po fier . Mais le cow-boy est sacrément rusé , il dégaine sa première cartouche ! J’avais prévu un petit cadeau !

 

 

J’adore partager ce que j’aime , c’est ma tactique pour rompre une timidité, parfois trop envahissante  . J’ai de grands plaisirs de lecteur . il y a quelques livres auquel je suis très attaché . Je me régale à les faire découvrir à ceux que j’aime. Et il en est un qui trône et traîne frénétiquement  sur la table roulante qui me sert de chevet dans ma chambre. Je vous parle donc de  «  oh Boy » de Marie Aude Murail (  http://perso.wanadoo.fr/mamurail/). Ce livre m’est tombé dessus , un jour sans crier gare ! Je dois cette aventure à Nadj une amie formatrice .    Nous étions  en plein stage de formation avec 40 stagiaires perdu dans les monts du lyonnais. Elle m’a dit : «  tiens lis ça » je l’ai lu en deux nuits. Ce livre est une drogue dure ! .

 

 Une émotion intense se partage.   J’ai  offert ce livre à Cheyenne .

 

Résumer un livre n’est pas très facile  . Disons donc pour vous mettre en appétit : Il s’agit  de 3 orphelins dont la mère s’est suicidée ( au canard WC )  …il faut trouver dans la famille ( très éloignée) des personnes susceptible d’être leurs tuteur légal …Je ne vous en dit pas plus ! Oui cela paraît tragique et glauque, mais c’est surtout très drôle et donne une vision de l’enfance que je défends, ça fait tellement du bien de ne pas être seul à  penser que ça existe . Les enfants ne sont pas des légumes   ! Offrez et lisez Oh boy ! ( Ceci est un ordre ) .

 

Excusez-moi  cette digression .

 

Offrir des petits riens  qui sème des graines , c’est aussi une technique piqué à mes frères sioux  . Il me tarde d’ailleurs que Cheyenne le lise et me raconte ses émotions éprouvées pendant ce périple .

Un livre offert seul est tout orphelin, il lui faut un frère ou une sœur , j’ai donc invité  un auteur américain , Armistead Maupin, le célèbre écrivain des chroniques de San fransisco pour parfaire la filiation  . La il s’agit de son dernier livre traduit en France : une voix dans la nuit . Je n’ai pas envie de vous parler de celui-là . Il faut découvrir son univers . Si vous aimez une écriture simple et attachante, vous vous régalerez !

Cheyenne a tout  déballé devant mes yeux humides , posé  les  deux livres entre nos boissons chaudes ( café et chocolat ) , nous voilà parti  pour parler littérature . Ce sont les textes qui ont construit en parti notre étrange amitié  du far West . Nous avons échangé nos lectures de chevet et commencer à contruire une bibliothèque commune .

( Moment d’absence ) .

Je me surprends soudain à nous voir tous les deux par la focale d’une caméra de surveillance qui aurait été  placé dans un coin du café ! Suivre le fil jusqu’à  l’écran de contrôle : qui donc nous regarderait ? Un agent de surveillance ? Qu’est qu’il penserait en nous matant  ? Il verrait que je parle beaucoup , avec enthousiasme , mais sans doute trop . Je parle avec mon corps aussi , il s’amuserait de voir un pantin aux grandes mains , gesticuler .  

( Revenir ici et maintenant ) .

 Le silence entre nous  me gêne  sans doute encore trop souvent . Cheyenne m’aide et m’aidera  à corriger cette petite manie.  En face , je pense qu’il n’était pas tout à fait rassuré aussi ! Le cow-boy devait donc ruser pour deux.

( Bouger).

Cheyenne m’emmène au Musée des Beaux arts d’Angers !  Marcher, le froid  en embuscade, marcher. C’est un très beau lieu installé dans une carcasse qui semble avoir eu quelques centaines d’années ! Mais à force d’avoir été tellement trafiquée par des z’architectes venus des beaux quartiers , l’ensemble respire un certain post modernisme, à la limite du contemporain ( oui j’en rajoute un peu, c’est pour montrer que  je sais pas grand chose en architecture ) . Tout ça pour dire que c’est un beau lieu !  on ne sent pas trop le poids de la culture …. Les pièces sont aérées , les lumières savamment étudiées, lumière zénithale artificielle, petites pièces sous exposées. La monotonie ne nous gagnera  pas facilement dans un endroit pareil  ! Nous y avons passé trois heures exquises ! Le concept est d’avoir peint les salles suivant les siècles …idée assez réussi , des  pièces rouges , vertes, etc,   amènent aux œuvres un écrin original et garde en éveil perpétuel les yeux des visiteurs.

 Cheyenne  commence à se lancer dans  un petit jeu  ( amusez-vous à le faire lors de vos prochaines visites dans les musées !) … Chaque fois que nous entrions dans une nouvelle pièce, il regardait fort discrètement ce que lisait la(e) gardien(ne) . Et puis nous avons continuer ce petit espionnage pendant toute la visite … à chaque pièce, des livres dont je n’avais jamais entendu parlé, je me disais , tiens ça rend drôlement intelligent de travailler dans un musée. Ben oui  on est quasiment payé pour lire et se cultiver  ! Et puis , lors de la dernière pièce, nous croisons une gardienne fort désagréable, tiens que lit - t - elle donc elle ? Danielle Steele ( http://www.randomhouse.com/features/steel/) … Toute bergerie a son mouton noir …

Dis-moi ce que tu lis et je te dirais qui  tu es ! ( je ris dans ma barbe que je n'ai pas).

Autre évènement  dans le musée , des bus entiers de vieilles personnes en visite «  officielle » . Elles, ils , arboraient fièrement leur badges de super VIP du musée ! Ils, elles  ont droit à la super visite par la super guide ! Nous avons fourni beaucoup d’efforts pour échapper à cette meute arrosée à l’eau de Cologne mont saint Michel ! et bien rien à faire … à croire qu’elles,ils nous collaient aux baskets ! Et  viendra très vite l’apothéose  , le bouquet final, la cerise sur le pudding . Lors de leurs passage dans l’aile consacré  à l’art contemporain , La guide leur présentait une installation , ou des carcasses de voitures gisaient sur le sol ! L’experte tentait d’ expliquer le sens d’une installation , la démarche artistique du créateur  dénonçant le monde marchand , qui crée de la pollution, des déchets,  etc….

Et vas-y pas qu’un vieux se lâche et déclare à qui veut l’entendre, donc très fort, ( sans doute dû à un problème de réglage de son appareil auditif numérique ; des fois les portables ça  parasite les fréquences )    que cet artiste est un réactionnaire car il est contre le progrès , et que ce qu’il exhibe pourrait encore servir !  J’ai une envie subite de taper, frapper, massacrer  . Nous avons beaucoup ri à entendre ce "taupe" vieux beauf, qui a foutu la honte à tout le musée . Il n’est parfois pas bon vieillir .

Nous avons terminé notre expédition dans une exposition temporaire consacré à un artiste d’art contemporain ! Tiens bizarrement , la meute de têtes blanches n’y étaient pas ! Ouf quelle respiration . Je ne suis pas vieuxrophobe … mais quand même, là c’était un peu beaucoup ! 

Changement d’univers, de vrais moments d’émotions, rare, simple, avec Cheyenne ..tout près de moi , pas loin de l’effleurement,  à contempler ces grands tableaux …Nous avons partagé nos visions. Les images persistent longtemps sur la rétine ! J’ai encore du mal en m’en défaire à vous écrire tout ça.

Nous sortons du musée par un magnifique jardin …Habile transition orchestrée par mon hôte pour sortir en douceur de l’art, reprendre une activité presque normale .

Cheyenne m’invite au restaurant, je refuse , il insiste ! Je suis flatté , c’est  rare que l’on m’invite au restaurant ! Je profite donc cette sensation agréable d’être un invité ! J’ai aussi  le périlleux choix de la «  cuisine » que nous allons déguster ! J’ai choisi une crêperie, car cela fait des lustres que je n’ai pas mangé de crêpes  à la farine de Sarrazin . L’établissement   est très rapidement rempli ,quelques minutes après notre arrivée ,sans réservation ! Nous sommes de sacré veinards . De nouveaux assis face à face, de nouveau  !

( Evolution) .

Il est désormais plus facile d’attraper le regard du Cheyenne ! Nous parlons de nos familles , de ma nièce, de ma relation à mon frère , à mes parents , je me livre sur ma famille comme jamais auparavant ! (Avec le recul cela me surprend ) ! Ben tout  simplement avec lui je me suis senti autorisé à en parler . Je vis un moment bref mais très intense . Nous installons un silence .

 Son regard azur s’égare soudain ! je plonge dans ce regard rêveur, j’aurais envie de m’y noyer , jusqu’à plus soif, car pendant ces  instants ces yeux étaient connectés à des pensées secrètes … je me rapproche enfin de ( toi )  .

 

Nous décidons de marcher pour conclure cette première journée … nous empruntons une rue baptisée «  rue du bout du monde » , il y a parfois des heureux présages, je me sens avec Cheyenne parti un  peu loin ,  très loin , vers une issue inconnue et c'est très agréable  . Nous allons jusqu’à un superbe point de vue sur la Maine et sur le château d’Angers mis en lumière . J’ai une envie folle de le prendre dans mes bras juste comme ça , sans réfléchir .

 Hélas elliot réfléchit trop et ne fait pas encore tout ce qu’il a envie de faire .

Nous avons vécu tout de même un joli moment assis côte à côte blottis dans le froid, dans le silence .

Il était l’heure de nous quitter. Cheyenne me raccompagne à mon hôtel . Nous nous quittons pour la nuit et nous nous  retrouverons à 14 heures .

Je récupère ma clé . Grimper six étages ( merci l'ascenceur) Je suis exténué de fatigue et mon corps est une éponge gorgée d’émotion qu’une bonne nuit de sommeil  asséchera sans doute. Il 22h30 , je m’endors devant la télé !

 

 ( à suivre ) .

 

 

publié dans : Le journal fragmenté
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